Panic Station

Publié: 08/12/2012 dans Pendemonium
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Il y a cette voix. Omniprésente. Etrangement lointaine, intimement proche. Probante inconnue reconnue de nulle part. Efficiente omniscience officiant au centre de cette jungle glauque, désertiquement bondée et fatalement éprouvante. Comme à cette heure, c’est la panique dans la station.
Les odeurs fluctuantes se mêlent à l’amertume vespérale d’une journée encore excessivement remplie. Paris,19h, un Lundi. La foule, agrégat de substances humaines diverses et furieusement variées, se meut en un raz de marée prompt à dévaster tout fossile mal avisé de l‘affronter. Spectaculairement effrayant. Etrangement paniquant et excitant à la fois. Le métro, lieu désespérément propice à toutes sortes d’errances fantasmagoriques où l’excavation d’ondes négatives dégagées se répercutent en moi telle une vision merveilleusement désaccordée. Teintant les parois. Sépia.

Il passe. Furtivement, hâtivement, il passe. Vite, trop. Pas le temps de voir son visage. Tant mieux.  Seulement sa tournure, son allure, son dos. Plaisant, vraiment très attirant. Mais déjà, il s’éloigne. Tout va si vite ici. Ne reste que son essence. Etourdissante, délicate, suave. Mes sens ont défailli au passage de cette capiteuse émanation poivrée. Et le trop peu de molécules encore en suspension dans l’air  me grisent instantanément malgré ce froid hivernal.
Je suis résolument ivre d‘un idéal olfactif.

Fantaisie. Occulte fantaisie. S’enticher d’une allure, d’un parfum sans visage, n’est-ce pas insidieux? Peu importe. Il s’est arrêté, là, sur le quai. Sensuelle contenance, galbe galvanisant, électrise-moi tant que tu veux. Je te vois. Je ne te lâcherai pas du regard, crois-moi. Malgré la distance, malgré la foule, je t’ai dans le viseur. C’est foutu. Non, ne te retourne pas. Laisse moi te voir à l’envers. T’imaginer dans le noir. Aspirer à mes obsessionnelles divagations. Si j’avais un cœur, il battrait à en crever. Si j’avais une âme, je la vendrais sans hésiter pour ne ressentir rien qu’une fois celle qui t‘anime. Mais je suis trop loin. Bien trop loin. Rapproche-toi. Non finalement, ne bouge pas. C’est moi qui viens. Ton odeur me manque. J’ai besoin d’un shoot.
Environ six mètres. Bonne distance. Ni trop loin, ni pas assez.
Des frissons dans le dos m’envahissent. Je tressaille. J’ai l’impression d’être un voyeur tapis dans ton ombre. Violer ton intimité, détailler tous tes gestes. C’est exaltant. Malhonnête et impardonnable. Mais pour ce crime, je veux bien être damnée cent fois.

Une femme t’aborde. Tu baisses la tête, découvre ton bras de la veste qu’élégamment tu portes pour regarder ta montre. Tu as de longues mains. Instinctivement ton regard se relève. Tu la regardes. « … 19h17 … ». Je l’ai entendu. Ta voix. Ni trop grave, ni trop aigüe. Assurée sans être arrogante. Regorgeant d’émotions. Délicieusement pénétrante. J’en veux plus. Désormais, j’en veux plus. Donne m’en d’avantage s’il te plaît.
Le métro approche. J’ai peur de te perdre au milieu de cette infinitude de gens. Je me rapproche encore un peu. Plus près, encore plus près. J’ai le palpitant qui panique. Je vais exploser.
Mais qu’est-ce que je fais? Sans te connaitre, je te suis déjà à la trace. Comme un chasseur dont la proie n’est autre que sa propre folie. C’est donc ça, je suis folle. Abusivement déséquilibrée. Tu m’as rendu dingue. Pourquoi? Comment?
Et puis, ça m’est égal. Du moment que je profite de ce magnifique cataclysme émotionnel.

Les portes s’ouvrent, tu t’écartes pour laisser descendre cet agglomérat de citadins compressés . Je ne te vois plus. Mais où es-tu? Non, ne me laisse pas seule au milieu de tout ce monde. J’ai peur. Diligemment, je m’avance  pour passer les portes. Mes pas sont grands, et le rythme prompt. Passer les portes, monter, te trouver. Je n’ai plus que cette idée en tête.

C’est la cohue dans le wagon. Mais je suis sûre que tu es là. Quelque part. Assis ou caché. Quelque part. Pourquoi je ne te vois pas? Je te sens pourtant. Tu n’es pas loin, je le sais. Accrochée à la barre centrale, j’ai l’air d’un sonar en perdition. Scannant chaque visage, décortiquant chaque corps, consumant chaque silhouette qui n’est pas toi. En vain. Me serais-je trompée? Ma précipitation à te croire monté à bord m’aurait perdue de toi? Impossible, je te sens. « … Pardon… » . Catalyseur. Soudain, je reconnais ta voix. Proche. Trop. Je détourne furtivement le tête, tu es là. Accolé à moi. A mon dos. J’ai reconnue ta main. Toi aussi tu tiens cette foutue barre. Juste là, derrière moi. Je te sens enfin. Tendrement contre moi. Je me sens rassurée.
Cette occurrence ne peut que me conforter à croire qu’il n’y a pas de hasard. Fermant les yeux, je profite de cet instant pour imaginer que tu m’enlaces, bien à l’abris contre ton torse, bien au chaud entre tes bras. Je suis bien.
Le métro stoppe. Brutalement les portes s’ouvrent une nouvelles fois. C’est de nouveau la panique. Un va et vient en tous sens. Inopportun. Je me retourne, tu n’es plus là. Je bondis alors hors du wagon, espérant te retrouver sur le quai. Je suis encore empreinte de cette accolade. Perdue, je ne sais plus où chercher. Trafic dense, excès d’affluence, cette fois tu t’es échappé. Le métro repart. Seuls quelques ombres fantomatiques errent à présent sur le quai. Comme moi.

Sépulcral moment. Je ne sais même pas à quel arrêt je me trouve. Et de toutes façons, je m’en fous. J’aurais pu me perdre encore d’avantage pour profiter de toi. « Reviens à la raison et rentre à la maison.. » songe-je, alors. « Plus que ça à faire maintenant… » . L’air hagard, le front bas, je me dirige en direction de la première sortie possible. Nouvel objectif. Partir, rentrer, oublier. Je marche de nouveau perdue dans ma tête. Je n’aurai pas vu ton visage, tes traits. Ton expression. « Tu n’es qu’une idiote. Mais qu’est-ce qui t’as pris? Et qu‘est-ce que tu croyais? Pourquoi ne pas l’avoir abordé…?». Désormais, c’est une certitude, ne plus jamais laisser passer une occasion. Ne plus jamais laisser s’envoler une si douce utopie. Quitte à me faire jeter. Pour accéder, il faut s’hasarder. S’éprouver, se risquer. Mais essayer. Tout débute par un commencement. Et tout commencement peut être provoqué lorsqu’on le désir. Et je désire. Je ne fais que ça, désirer. Et lui, je le désirai, oh oui. Fatale courtisane de l’inconcevable, croqueuse d’idéal, je ne suis plus à présent qu’une fantasque sotte aliénée à un parangon qui s’est évaporé en un éclair.
Furieuse après moi, je traîne les pieds, baisse encore un peu plus la tête. Je ne suis pas pressée de rentrer.

L’escalator n’est plus très loin. La sortie non plus. Maudit sois-tu, foutue sortie. J’arrive. J’arrive.
Une voix m’interpelle. Une voix que je connais. Ou plutôt que je reconnais « … Tenez. Vous avez fait tomber vos gants, Mademoiselle… » . Une belle voix. Ni trop grave, ni trop aigüe. Assurée sans être arrogante. Regorgeant d’émotions. Délicieusement pénétrante. Associée à de longues mains tenant mes gants. Je lève les yeux. Une sensuelle contenance, un galbe galvanisant m’électrisant tout autant que cette capiteuse émanation poivrée.
Ton visage. Ton sourire. Mon effarement. « .. Mademoiselle … vous allez bien? »
« Jamais mieux que maintenant… »
« Je peux vous accompagne à la sortie ? »
Et le trop peu de molécules encore en suspension dans l’air  me grisent instantanément malgré ce froid hivernal.
Je suis résolument ivre de mes rêves les plus fous.

Pourvu que tu y sois aussi.

Quoi? Kessia...

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