Archives de décembre, 2012

Je suis mort. N’y voyez aucun inconvénient.
Je suis mort il y a déjà de cela quelques années. Disparu, envolé, cramé, asphyxié, the end. Dead, dead, dead et re-dead. C’est ainsi. C’est la vie.

Mais n’ayez pas peur. Je ne suis pas effrayé moi. Enfin, je ne le suis plus.
Parce qu’il faut savoir que le passage le plus délicat n’est pas celui de l’acte en lui-même. Le plus délicat, c’est d’adopter le postulat adéquat. Et de s’y tenir, vaille que vaille. Comme je suis un être complexe, j’ai choisi de me torturer un minima. Tant qu‘à faire, autant faire bien.
Mais ce n’est pas chose aisée, croyez-moi. Et il va sans dire que je ne recommande pas cette méthode. Ni aux fragiles, ni aux frêles. Encore moins aux précieux douillets. Trop peu n’y survivraient pas. La privation d’exister comme je l’ai choisi ne s’accorde qu‘aux plus vaillants déficients. Comme moi.

Bref, parlons plutôt de ma fin. J’étais un corps sain accouplé à un esprit qui croyait l’être. Jusqu’au jour ou nous nous sommes aperçu qu’en réalité, nous étions bien frappés. Autant l’un que l’autre. C’est d’ailleurs ainsi que de concert, et pour des raisons aussi diverses qu‘avariées, nous avons choisi de nous supprimer. Insidieusement, patiemment et proprement.
Pour cela, nous avons simplement cessé de nous sustenter. Plus aucune nourriture. Ni spirituelle, ni réelle. Rien. Terminé. Basta.
Placards vidés, cerveau grillé, nous avons basculé. C’est fou ce que ça va vite. Les habitudes que l’on perd. Les envies que l’on ne reconnait plus. Les sensations disparaissent et les neurones s’affaiblissent. Court circuit, passage obligé.
Plus je me ratatinai, plus mon ami l’esprit s’élevait en dehors de toute réalité. Si légers que nous étions! Et plus le temps passait, plus notre apparence nous abandonnait, notre existence se compromettant fortement. Nous ne formions plus qu’une ombre funeste de nous-même. Objectif atteint, y étions presque. Enfin la fin.

C’est arrivé une nuit dans notre sommeil. Mon ami l’esprit malade a rêvé. Rêvé à en crever. Si réel, si palpable, si intense… Dans ce rêve, allongés sur un lit, lui et moi ne formions plus qu’un. Plus qu’une pauvre femme dont la maigreur avait atteint depuis longtemps les limites de l’insoutenable. A l’agonie, nue sur son lit. Non loin, un miroir. Démentielle psyché aux reflets opaques, ternes et morts. Personne, rien ne filtrait plus à travers lui. Aucun renvoi. Rien de rien.
Jusqu’à ce que cette amoindrie se lève et s’approche enfin pour se voir. Décharnée, dépecée de toutes pièces, et salement mourante. Désossée comme un vulgaire morceau de viande, ses côtes tombant peu à peu. Horreur. Nausées. Et hurlements.
C’est là. C’est à ce moment précis que je me suis senti partir. Au moment où l’esprit n’a plus vu dans son cauchemar qu’un squelette aux lambeaux de peaux gisant de part en part de la pièce. Enfin, l’insoutenable prenait faim. J’ai cessé de battre, l’esprit a cessé de rêver. Dans un cri, dans un terrible cri nous sommes partis, déchirés à jamais.

C’était fini. Nous avions définitivement cessé d’être.
Mais chose étrange, alors que nous planions encore comme un seul et même spectre au-dessus de notre dépouille, celle-ci a bougé. Ouvert les yeux, hurlé à la mort et éclaté en un million de sanglots ruisselants.
Puis, s’est péniblement levée, a enfilé ses chaussons et s’est dirigée tant bien que mal vers l’entrée. Pris son manteau, claqué la porte et a descendu les étages quatre à quatre.

Saint Denis.
Il était 4h47 ce matin là. J‘ai mangé une chorba.

Aucune morale, seule la faim compte.

« Qu’on m’empale celui qu’y a des piercings, là!! Quoi? Comment ça « c’est pas très chrétien » ?? Rien à foutre moi, d’vos conneries… Oh, et puis brûlez moi un ou deux roux qui traînent là, aussi… C’est vrai quoi, c’est pas la fête tous les jours.»

C’est vrai. C’est pas tous les jours la fête. Et cette année, on fêtera peut être même pas la bonne année, .
Non mais parce qu’avant de pouvoir se lécher confortablement la poire sous une boule de gui en plastoc de chine, faudra quand même  -juste- survivre à la fin du Monde, heeiiin… FAILING SYSTEM.
MAIS -Histoire d’être optimiste 2 minutes- admettons que l’apocalypse annoncée ne soit en fait qu’une sacrée bonne boutade de vieux Mayas décédés « OooOoh… It’s Joke? Realy? Ha ha ha! It was so funny… *FUCKING SMILE* … I Hate you. » , parlons un peu de ce qui se passera si on arrive jusqu’aux fêtes de Noël.
Déjà, faisons un point. Qu’es aco Noël?
Ne bougez pas mes chers petits, je vais vous compter l’histoire… et:

Once upon a time un couple joyeux qui vivait au milieu de pas grand chose.
Marie, femme au foyer et invétérée clubbeuse s‘échappait régulièrement le soir pour aller groover sur la piste du Nazareth‘Palace (célèbre boîte de nuit en ce temps) pendant que Joseph, mari ultra-conservateur et partisan de l’abstinence même post-mariage (Oooh le con…), s’occupait de ses bêtes.
Malheureusement et comme dans chaque conte il faut un élément perturbateur pour foutre les miquettes et révéler l’intrigue, Marie finit par se faire dûment violée sous GHB lors d‘une de ses escapades (normal, elle avait mis sa jupe de tepu). Bien sur, elle tomba enceinte (plouf) et il fallut peu de temps à Joseph pour s’apercevoir que sous sa toge, Marie portait le fruit de son erreur qu’elle payait le prix fort. Désabusé, il voulut divorcer pour ne pas subir les railleries alentours quant au comportement parfaitement volage de sa moitié. Mais, Marie qui était une sacrée p’tite futée, détourna son gros ventre en signe divin et réussit à faire passer sa vessie pour une lanterne. Expliquant à son époux que c‘était la faute de Gabriel, ange à temps plein, si elle se retrouvait dans cet état pitoyable. Plan qui fonctionna à merveilles puisque Joseph (crétin confirmé) la cru.
Pour oublier leur engueulade, il lui proposa d’aller faire un tour à Bethléem et de manger un bout dans un p’tit resto sympa. Seulement voilà, c’est la que ça se corse. Excès d’apéros, repas au gros rouge, digestion au génépi, Joseph n’était plus en état de conduire décemment sa charrette. Le mari éméché décida donc de se faire péter un hôtel pour la nuit et de repartir le lendemain. Marie était comblée. Mais, vas savoir pourquoi, les hôtels étaient tous bondés (comme par hasard…). Ils marchèrent, ils marchèrent…. Jusqu’à ce que, Joseph, les paupières lourdes et l’haleine empreinte d’émanations toxiques, ne pu avancer d’avantage. S’écroulant sans plus attendre sur une botte de foin non loin d’une étable. Ronflant tout son sou qu’il n’avait pas dépensé dans la chambre d’hôtel. C’est alors que Marie commença à se sentir mal. « Les crevettes n’étaient pas fraîches » pensa-t-elle. Des gargouillis, un mal de bide incroyable et une envie de gerber comme jamais, elle se jeta sur son sac et fouilla « Flûte! Plus d’Imodium… ». Ce qu’elle ne savait pas en réalité, c’est qu’elle était sur le point d’accoucher. Dans une étable pourrie, accompagnée d’un mari beurré. Vive la soirée.
Comme prévu, elle mis donc  bas un 25 Décembre à 0h12 (selon datation carbone).
Mais le pire restait à venir. Non loin de là, un boys band dans le vent, les « Rio’s Megas » (que les évangiles travestirent par la suite en « Rois Mages » – beaucoup plus révérencieux) rentraient eux aussi d’une soirée bien arrosée. Les bitchs avaient coulé à flot, le sky ingurgité en perf et la Marie Jeanne fumée jusqu’à la moquette (oui je sais, ça veut rien dire..). Bref.

Ne manquaient plus que quelques substances psychotropes à ajouter pour finir la soirée sur un bon trip. Et là: patatra. Game Over, gros spleen, chute sévère et descente aux enfers. Dans leurs délires, notre trio de stars cru apercevoir un énorme astéroïde s’apprêtant à dévaster l’Univers tout entier.
Fortement hallucinés et parfaitement résignés à l’idée de trépasser en haut du top 50, ils décidèrent d’assister à cette fin du monde en suivant l‘astre au plus près. C’est comme ça que sans GPS, ils traversèrent une bonne partie de l’Orient, découvrir l’Amérique, firent trois fois le tour du Louvre à cloche pieds et arrivèrent complètement défoncés dans l’étable où Marie venait d‘enfanter le premier humain suffisamment con pour finir empalé volontaire à 30 ans.
C’est sur ce quiproquo que la Nativité pris tout le sens qu’elle n’a pas.
(Pour ceux que la suite intéresse, bientôt un best-seller à paraître: « la vie cachée de Jésus, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sans jamais oser le demander. » )

Depuis, chaque 25 Décembre, on célèbre cet évènement et c’est la méga teuf générale sur une grande partie du globe.
Enfin, pour tous ceux qui ont de quoi acheter des cadeaux. Les autres, ça compte pas.
Business, business.
Ne comptent pas en sus des pauvres, les incroyants, les croyants mais pas à ça, les rebelles végétariens anti-zigouille de dinde et nos amis de Green-Peace, qui veulent pas qu‘on tronçonne des sapins pour les afficher deux jours près du radiateur avent de les jeter à la benne. Pas sympas les gars, ça… qu’est-ce qu’on va décorer nous, maintenant??

Pour résumer, Noël est une secte dont les prétendants doivent impérativement:
1- Claquer un max de blé en un temps record (Rrrhoo.. Si on peut même plus se faire plaisir, hein…),
2 – N’avoir rien d’autre foutre ce jour là (mais laisser quand même la télé allumée au cas ou on se fasse chier pendant le repas en famille…),
3 – Connaître des chansons comme « Jésus revient, Jé.. éésus revient.. ! Jésus revient mais pas trop viiiite… » ,
4 – N’éprouver aucune honte à becter de la barbak à plumes. Et pour les mômes: des poussins compressés, également surnommés « Nuggets » (moins démoniaque)  ,
5 – Posséder un sapin, plante verte, chien… décoré outrageusement et avec tout le mauvais goût possible et inimaginable. Sinon, c’est pas drôle. (Au pire tu mets un bonnet rouge, ça passe aussi. Mais QUE si y clignote.)
Voilà donc les cinq points fondamentaux pour espérer adhérer au truc. Sans quoi tu sors => * EXIT* <= Merci d’emprunter la sortie la plus proche.

Et pour ajouter une dernière touche de youpidou à la magie de Noël, faut bien penser à préparer psychologiquement les p’tits n’enfants tout le reste de l‘année. En leurs expliquant que quelque part entre Roswell et le Pôle Nord, y’a p’tit gros tout rouge, armé d’autant de rennes que de patience, qui poireaute les miches au froid en buvant du Coca light avec une tripotée d’ours polaire… (enfin, les deux qui restent), tout ça  pour apporter dans la nuit du 24 Décembre, tous pleins de beaux cadeaux fabriqués par des nains de jardin sapés du plus moche des verts.
Ah, comme c’est miiiignon!
Bien évidemment, on passe sous silence et pour le plus grand bien de nos chérubins le fait que les p’tits lutins qui travaillent dans la grande usine du Père Noël; en plus de se peler leurs grandes oreilles; bossent avec acharnement H24 dans une cadence infernale. Le tout sans jamais parler de RTT ni de la retraite qu‘ils ne connaîtront pas puisque trop occupés à combler les attentes frénétiques et perpétuelles de la planète.
Quoi qu’il en soit et vue l’explosion consumériste de ces dernières décennies, nos p’tits potes en vert se trouvent fréquemment débordés. Donc, dans l’obligation de sous-traiter avec MadInTaïwan (nouveau pays émergeant), de déléguer à Samsung (ex-divinité Indoue) et de faire livrer par Zalando (frère de Flash Gordon).

Toujours plus vite, toujours plus beaux, toujours plus gros… toujours PLUS.
Nos exigences augmentent, explosent et sont sans appel. Nous devons avoir ce que nous avons ardemment désiré (2 minutes). A n’importe quel prix. Et dans n’importe quelle condition.
Tandis que nos p’tits larbins de lutins se ratatinent pour nous satisfaire aussi vite que le budget qui leur est imparti, décroit.

Ben moi j’trouve ça bien dommage parce qu’il y a de cela encore pas si longtemps, Noël, quand on était  gamin, c’était juste la fête la plus merveilleuse du Monde. On crampait tous sur le canapé en attendant le Vieux Barbu en mode furtif, histoire de lui taper la causette et vérifier s’il allait manger les cookies périmés qu‘on lui laissait près du sapin.
Quand on ouvrait nos cadeaux, c’était la surprise. Et on aimait ça les surprises. Sauf quand mémé Renée s’était plantée en offrant le dernier CD de Franck Mickaël alors qu’on avait demandé Mickaël Jackson…
Mais bon, à la rigueur on s’en fout, ça fait de bons souvenirs. Et c’est peut être juste ça qui est important au final. Des souvenirs.
Baffrer des papillotes à s’en faire exploser la rate, et pour celles qui avaient des pétards, les tympans. Puer la clémentine (qui curieusement avait des pépins en ce temps…) à trois kilomètres à la ronde, etc. Le bon temps, quoi. Aujourd’hui, les papillotes, c’est pour les yeuvs (vieux des temps modernes). Nouvelle forme d’obsolescence programmée, Ferrero a pris le contrôle. Kinder aussi. Ce qui en revient même de toutes façons. On mange des kinders bueno white (pour rappeler la neige, sans doute), des rochers Suchard (désolé, trouve pas le rapport), on boit du champagne vert et insipide que comme il s‘appelle « Ruinart » et qu’il nous a bien ruiné on fait semblant qu’il est bon, du foie gras ne reste que les OGM et les huîtres ne recèlent plus aucunes autres perles que celles des morceaux de goudron rejetés par paquebot express.
Y’a pas à dire, c’est vraiment chouette Noël aujourd’hui.
Durant les préparatifs, on se prend pour des ricains. Toujours plus de déco, toujours plus d’électricité, toujours plus d’argent qui file à toute allure direct dans les poches des manias de la manipulation. Parait qu’on a toujours eu dix ans de retard sur les Etats-Unis. Pas en ce qui concerne la connerie, visiblement.
On campe devant la Fnac en attendant la sortie de la dernière playstation 6200-S, la dernière Wi-U(uuuh..T’as vu chérie le prix qu’ça coûte..) que même les SDF du canal Saint Martin y s’foutent bien de notre gueule tellement nos tentes elles sont moches. On se fait livrer par Amazon, rue des Temps Modernes 69 666 TAYLORISMAVENUE. On fait des prêts, des crédits à taux 10 000 pour offrir la dernière Nespresso (normal, y’a Georges Clooney dedans) et on s’habille comme des nababs, histoire de ne pas ressembler à rien une fois par an.

Tout ça pour quoi au final? Revendre le maaaagnifique et hors de prix robot de cuisine High-teck-de-la-mort-qui-tue que belle maman s’est fait chier à commander sur Darty.fr. Faire tomber le nouveau portable dans les chiottes parce qu’il était dans la poche arrière du slim taille basse acheté sur razlatouffe.com avec les sous de papa… Noël. Laisser moisir dans un coin le pull vert lutin que tante Marie-Jeanne a tricoter avec la moquette (elle aussi) au profit du sweat Lacoste que tonton Louis à rapporter de Bangkok. Ou bien encore, on pleurniche que Madame ait reçu la voiture, la maison, la moitié des biens et la garde des mômes. Salope…
Finalement, pas de quoi se plaindre. On est tous comblé.

Mais c‘est quand même marrant parce que l’anagramme de CADEAU, c’est AUDACE.
Tout ce qu’on oublie d’apporter pendant les fêtes.
Normal, ça s’achète pas…

… encore.

On verra l’année prochaine.
Ah bah non, on sera tous morts.

Et bonne année.

Panic Station

Publié: 08/12/2012 dans Pendemonium
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Il y a cette voix. Omniprésente. Etrangement lointaine, intimement proche. Probante inconnue reconnue de nulle part. Efficiente omniscience officiant au centre de cette jungle glauque, désertiquement bondée et fatalement éprouvante. Comme à cette heure, c’est la panique dans la station.
Les odeurs fluctuantes se mêlent à l’amertume vespérale d’une journée encore excessivement remplie. Paris,19h, un Lundi. La foule, agrégat de substances humaines diverses et furieusement variées, se meut en un raz de marée prompt à dévaster tout fossile mal avisé de l‘affronter. Spectaculairement effrayant. Etrangement paniquant et excitant à la fois. Le métro, lieu désespérément propice à toutes sortes d’errances fantasmagoriques où l’excavation d’ondes négatives dégagées se répercutent en moi telle une vision merveilleusement désaccordée. Teintant les parois. Sépia.

Il passe. Furtivement, hâtivement, il passe. Vite, trop. Pas le temps de voir son visage. Tant mieux.  Seulement sa tournure, son allure, son dos. Plaisant, vraiment très attirant. Mais déjà, il s’éloigne. Tout va si vite ici. Ne reste que son essence. Etourdissante, délicate, suave. Mes sens ont défailli au passage de cette capiteuse émanation poivrée. Et le trop peu de molécules encore en suspension dans l’air  me grisent instantanément malgré ce froid hivernal.
Je suis résolument ivre d‘un idéal olfactif.

Fantaisie. Occulte fantaisie. S’enticher d’une allure, d’un parfum sans visage, n’est-ce pas insidieux? Peu importe. Il s’est arrêté, là, sur le quai. Sensuelle contenance, galbe galvanisant, électrise-moi tant que tu veux. Je te vois. Je ne te lâcherai pas du regard, crois-moi. Malgré la distance, malgré la foule, je t’ai dans le viseur. C’est foutu. Non, ne te retourne pas. Laisse moi te voir à l’envers. T’imaginer dans le noir. Aspirer à mes obsessionnelles divagations. Si j’avais un cœur, il battrait à en crever. Si j’avais une âme, je la vendrais sans hésiter pour ne ressentir rien qu’une fois celle qui t‘anime. Mais je suis trop loin. Bien trop loin. Rapproche-toi. Non finalement, ne bouge pas. C’est moi qui viens. Ton odeur me manque. J’ai besoin d’un shoot.
Environ six mètres. Bonne distance. Ni trop loin, ni pas assez.
Des frissons dans le dos m’envahissent. Je tressaille. J’ai l’impression d’être un voyeur tapis dans ton ombre. Violer ton intimité, détailler tous tes gestes. C’est exaltant. Malhonnête et impardonnable. Mais pour ce crime, je veux bien être damnée cent fois.

Une femme t’aborde. Tu baisses la tête, découvre ton bras de la veste qu’élégamment tu portes pour regarder ta montre. Tu as de longues mains. Instinctivement ton regard se relève. Tu la regardes. « … 19h17 … ». Je l’ai entendu. Ta voix. Ni trop grave, ni trop aigüe. Assurée sans être arrogante. Regorgeant d’émotions. Délicieusement pénétrante. J’en veux plus. Désormais, j’en veux plus. Donne m’en d’avantage s’il te plaît.
Le métro approche. J’ai peur de te perdre au milieu de cette infinitude de gens. Je me rapproche encore un peu. Plus près, encore plus près. J’ai le palpitant qui panique. Je vais exploser.
Mais qu’est-ce que je fais? Sans te connaitre, je te suis déjà à la trace. Comme un chasseur dont la proie n’est autre que sa propre folie. C’est donc ça, je suis folle. Abusivement déséquilibrée. Tu m’as rendu dingue. Pourquoi? Comment?
Et puis, ça m’est égal. Du moment que je profite de ce magnifique cataclysme émotionnel.

Les portes s’ouvrent, tu t’écartes pour laisser descendre cet agglomérat de citadins compressés . Je ne te vois plus. Mais où es-tu? Non, ne me laisse pas seule au milieu de tout ce monde. J’ai peur. Diligemment, je m’avance  pour passer les portes. Mes pas sont grands, et le rythme prompt. Passer les portes, monter, te trouver. Je n’ai plus que cette idée en tête.

C’est la cohue dans le wagon. Mais je suis sûre que tu es là. Quelque part. Assis ou caché. Quelque part. Pourquoi je ne te vois pas? Je te sens pourtant. Tu n’es pas loin, je le sais. Accrochée à la barre centrale, j’ai l’air d’un sonar en perdition. Scannant chaque visage, décortiquant chaque corps, consumant chaque silhouette qui n’est pas toi. En vain. Me serais-je trompée? Ma précipitation à te croire monté à bord m’aurait perdue de toi? Impossible, je te sens. « … Pardon… » . Catalyseur. Soudain, je reconnais ta voix. Proche. Trop. Je détourne furtivement le tête, tu es là. Accolé à moi. A mon dos. J’ai reconnue ta main. Toi aussi tu tiens cette foutue barre. Juste là, derrière moi. Je te sens enfin. Tendrement contre moi. Je me sens rassurée.
Cette occurrence ne peut que me conforter à croire qu’il n’y a pas de hasard. Fermant les yeux, je profite de cet instant pour imaginer que tu m’enlaces, bien à l’abris contre ton torse, bien au chaud entre tes bras. Je suis bien.
Le métro stoppe. Brutalement les portes s’ouvrent une nouvelles fois. C’est de nouveau la panique. Un va et vient en tous sens. Inopportun. Je me retourne, tu n’es plus là. Je bondis alors hors du wagon, espérant te retrouver sur le quai. Je suis encore empreinte de cette accolade. Perdue, je ne sais plus où chercher. Trafic dense, excès d’affluence, cette fois tu t’es échappé. Le métro repart. Seuls quelques ombres fantomatiques errent à présent sur le quai. Comme moi.

Sépulcral moment. Je ne sais même pas à quel arrêt je me trouve. Et de toutes façons, je m’en fous. J’aurais pu me perdre encore d’avantage pour profiter de toi. « Reviens à la raison et rentre à la maison.. » songe-je, alors. « Plus que ça à faire maintenant… » . L’air hagard, le front bas, je me dirige en direction de la première sortie possible. Nouvel objectif. Partir, rentrer, oublier. Je marche de nouveau perdue dans ma tête. Je n’aurai pas vu ton visage, tes traits. Ton expression. « Tu n’es qu’une idiote. Mais qu’est-ce qui t’as pris? Et qu‘est-ce que tu croyais? Pourquoi ne pas l’avoir abordé…?». Désormais, c’est une certitude, ne plus jamais laisser passer une occasion. Ne plus jamais laisser s’envoler une si douce utopie. Quitte à me faire jeter. Pour accéder, il faut s’hasarder. S’éprouver, se risquer. Mais essayer. Tout débute par un commencement. Et tout commencement peut être provoqué lorsqu’on le désir. Et je désire. Je ne fais que ça, désirer. Et lui, je le désirai, oh oui. Fatale courtisane de l’inconcevable, croqueuse d’idéal, je ne suis plus à présent qu’une fantasque sotte aliénée à un parangon qui s’est évaporé en un éclair.
Furieuse après moi, je traîne les pieds, baisse encore un peu plus la tête. Je ne suis pas pressée de rentrer.

L’escalator n’est plus très loin. La sortie non plus. Maudit sois-tu, foutue sortie. J’arrive. J’arrive.
Une voix m’interpelle. Une voix que je connais. Ou plutôt que je reconnais « … Tenez. Vous avez fait tomber vos gants, Mademoiselle… » . Une belle voix. Ni trop grave, ni trop aigüe. Assurée sans être arrogante. Regorgeant d’émotions. Délicieusement pénétrante. Associée à de longues mains tenant mes gants. Je lève les yeux. Une sensuelle contenance, un galbe galvanisant m’électrisant tout autant que cette capiteuse émanation poivrée.
Ton visage. Ton sourire. Mon effarement. « .. Mademoiselle … vous allez bien? »
« Jamais mieux que maintenant… »
« Je peux vous accompagne à la sortie ? »
Et le trop peu de molécules encore en suspension dans l’air  me grisent instantanément malgré ce froid hivernal.
Je suis résolument ivre de mes rêves les plus fous.

Pourvu que tu y sois aussi.

« Ton amitié m’a souvent fait souffrir ; sois mon ennemi, au nom de l’amitié. »
William Blake, Extrait du poème à William Hayley.

Ahhh.. William! C’est beau ce que t’as écrit là…
Perso, j’te kiffe. Et en toute sincérité, j’aurais bien aimé vivre à ton époque. Candide.
Oui, candide.Parfaitement. Parce que tout romantisme est mort ici, vois-tu.  De nos jours, tout n’est plus question que de logique et de faits vérifiables. Par cette science et son incommensurable pelle à détecter pour mieux prouver, détailler, quantifier et hiérarchiser chaque chose en ce monde. Hiérarchiser chaque chose pour lui donner un sens. Même en ce qui concerne les sentiments.
D’ailleurs, en mathématiques, un moyen mnémotechnique annonce que:

Les amis de mes amis sont mes amis, soit: + et + = +
Les ennemis de mes amis sont mes ennemis, aussi: – et + = –
Les ennemis de mes ennemis sont mes amis, donc: – et – =  +

Fort bien tout cela. Mais est-ce une loi véritablement immuable en ce qui concerne les rapports humains?
N’oublie pas William, je suis de ton côté. Et les poncifs n’ayant d’emprise que pour celui qui ne veut pas chercher, vérifions les trois hypothèses ci-dessus mentionnées par les quelques mises en applications suivantes. Et admettons:

1) + et + = +
Soit, que mes amis aient des amis pas trop relous et que comme ils sont les potes de mes potes, je copine avec. Ce qui me ferait du rab d‘amis. Et le rab, c‘est pas mal au cas où j’en perde un en forêt et qu’il se fasse bouffer par les loups. Non mais c’est vrai… perdre un ami, c’est très mauvais pour l’égo. Autant prévoir.

2) + et – = –
Soit, que je n’ai pas avalé mes cachets ce matin et que je me prenne pour Batman. En planant (sur Gotham, bien sûr..), j’aperçois tous mes amis se promenant dans une ruelle bien évidemment sombre et lugubre, quand soudain… un troupeau de supers vilains apparait. Ni une ni deux, je leur fonce dessus pour les castagner proprement de mon bras vengeur. Et oui, je suis Batman. Et on touche pas à mes amis.

3) – et – = +
Soit, que j’ai recommencé mon traitement (oOouf… il était temps) et qu’en vérité sans mon costume, des amis, j’en ai pas. Mais comme par hasard, au cours d’une nuit ou je ne dors pas, je recroise mes supers vilains de l’autre fois. Et de peur que je leur remette une méga trempe (car même sans costume, les supers vilains reconnaissent évidemment mon impressionnante musculature), ils me proposent une alliance pour dénicher leurs rivaux afin de s‘acquitter de leur traîtrise passée. Et voilà, Je m’suis fais de nouveau potes. C’est pas merveilleux?

Si. Ca l’est. En théorie.
Et justement, dans cet échafaudage de théories comportementalistes, reste à considérer la logique du sujet. Seulement, qu‘est-ce que la logique?
Je suis sûre mon cher ami que tu t’accorderas pour illustrer la logique par une forme de rationalité. Rationnelle, car conçue par entendement. Entendement de chaque individu. Individu ou : entité autonome qui ne peut être partagée ni divisée sans perdre les caractéristiques qui lui sont propres.

Conclusion: le propre d’un individu étant précisément de se créer sa propre logique; en dehors du fonctionnement général et social pré-établi; comment serait-il possible d’avoir des amis prédéfinis par le simple fait d’être seulement des amis d‘amis? Et vice-versa pour le reste. Cela semble bien en dehors de toute rationalité.  Tu me suis, William?  Bien.
Car pour compliquer encore un peu nos calculs, ajoutons à la science une autre loi. Physique cette fois ci. Affirmant que : « les contraires s’attirent tout autant que deux pôles identiques se repoussent»…
Ben voilà, c’est le bordel. Car dans ce cas:

Les amis de mes amis deviendraient mes ennemis,
De même que les amis de mes ennemis deviendraient des amis,
Tandis que les ennemis de mes ennemis resteraient mes amis…

Tiens, tiens…
Curieux. Seul le dernier énoncé ne change pas. Faudrait-il  dans ce cas avoir bien des ennemis dans la vie pour réussir à se faire quelques amis?
Autant dire que je suis mal barrée mon p’tit Willy, car en y réfléchissant bien, des ennemis:  j’en ai pas. The boucle is boucled. I’m alone…

Enfin, quand je dis que je n’en ai pas, en vérité j’en ai bien quelques uns.
Dont un plutôt coriace que même avec du K2R, ça part pas. « Extrémisme » , qu‘il s‘appelle celui là. Et sa grosse bande de looseurs, j’ai nommé: Religion, Homophobie, Racisme, Ostracisme, Traditionalisme, Normalisation et Individualisme… sans oublier tous les plus timides. Toujours sur le coup ceux là. Et surtout prêts à t’en mettre un. Vraiment, je l’aime pas ce gang. Parce que je sais pas comment y font, mais ils arrivent toujours à convaincre trop plein de monde de se rallier à eux et que bientôt, se sera trop la guerre partout. Et c’est gonflant la guerre.

Y’a également c’te peste « TV », qui me titille depuis un moment. Elle me suis partout, c’est pas croyable! Même au supermarché quand je suis en train de payer à la caisse, elle est là, derrière moi. Et elle passe juste plein de pub pourries pour que je la déteste encore plus. Mais le pire, c’est quand t’es invité chez des gens et qu’elle se ramène aussi (sans invit’, bien sûr). Et toute la soirée elle te fait chier à déblatérer tout ce qu’elle (ne) sait (pas). Elle arrête jamais de parler, la garce… Et tout le monde l’écoute et n‘a d‘yeux que pour elle. Et toi, comme une con, ton verre dans les mains, t’as plus qu’une seule envie: le finir au plus vite et te barrer. Loin, très loin.

Et puis y’a ce nouveau, là, « Illogisme ». Et sa copine « Industrialisation », qui me font des misères. C’est dingue, mais depuis quelques temps, ils essayent de me faire bouffer des tomates en hiver… Sont cons ceux là! Ils me gueulent dessus quand j’ai pas envie de décrocher mon portable et y m’disent que si j’achète pas des jeans très chers que des p’tits tunisiens ont sablé dans des caves et qu’après y sont morts, tout le monde va se foutre de ma gueule. Des fois, y donnent même des farines d’animaux à des herbivores et après y m’disent que si je mange pas de viande, j’aurais des problèmes de santé plus tard. Le pire, c’est qu’ils arriveraient presque à me faire culpabiliser ces abrutis des fois…

Bref.
Je ne vais pas te faire l’apologie de tous les ennemis que j’ai en fin de compte, car la liste est finalement bien longue. Et le but n’est pas là.
Où est-il dans ce cas? De te mettre en garde Ô grand toi mon ami, tout simplement. Car vois-tu, peut-on s’en référer au maths, aux pôles magnétiques, à la logique, la soupe de Mémé ou au temps qu’il fera demain… même à de beaux adages comme le tiens, William… Méfies-toi. Et sache qu’il y aura quand même et toujours des ennemis qui ne resteront toujours et quand même…

QUE des ennemis. Rationnels, ou pas.

La seule question à se poser finalement, c’est où sont nos amis…