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Je suis un bouc. Je suis une chèvre. Je suis une enragée nécrosée patentée. Pas tentée. Ou trop, justement.

A tort ou à raison? Je m’en fous. Je suis un modèle de dépravation, la rouille d’un coffre de caisse. Mais je ne suis pas rouillée. Salement propre. Faussement  plastiquée. Un cocktail molotov massivement licencieux. Une contradiction à l’état pur. Un trop plein de vacuité.

Je suis blasée. Lassée, émoussée, désabusée. Et pourtant pas assez abusée. Jamais rassasiée. Mais de quoi? D’impressions, d’expressions. Expansion massive du manque, dilatation des sens, essence grivoise. Peur de rien. Manque du tout au tout. Cylindre percé, à quoi ça sert. Certainement, ça sert. C’est déjà ça.

Savoir, ne pas savoir. Chercher ou laisser faire. Se laisser faire et se faire lasser. Enlacer. Enlace-moi, salace associé. Funeste camé, accro taré. Ami dément. Démens et signe. Assume et sûr. Mais ne signe pas si t’es pas sûr. Jamais. L’imprévisible est ma dope. Horloge fracassée contre les murs, j’fais tout à l’envers. Envers et contre tous. Toujours dans mon sens. Mais quel sens ça a, encore une fois.

Et si ça n’en avait pas. Pour une fois.

Et si ça devait en avoir un. Pourquoi pas.

Putain de truisme. Putain de médiocrité banale. Lapalissade est parfois haute à franchir quand on respecte sa vie d’affranchie. La chute sévère, un repère. Le bond en avant. Mais j’étais bonne avant. Bonne à rien. Bonne à croire, à boire l’eau de l’abreuvoir jusqu’au curare. Faillible défaillance, aujourd’hui efficience émaillée, éraillée, éventrée. Infatigablement pas lassée. Encore une fois, enlace-moi.

Le sexe ou l’amour? L’amour du sexe ou le sex pistol? Tant que tu me pistes, ça me va. Quant à savoir pourquoi, quant à savoir toujours, quant à savoir ne pas savoir, ça m’est égal. Ou pas, va savoir. Mais si je savais, ça n’aurait aucun intérêt. Et des intérêts, j’en ai. Gourgandine impie ingambe et turbulente, révolutionne moi tout ce qui ne bat pas. Instruis-moi des sentiments. Tout ce qui me manque. Sans mentir.

Même si je mens souvent.

Sinon ça n’aurait aucun sens.

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C’est pas compliqué. Prends un facteur X et mélange le à une situation Y. Situation à l’origine bien établie, hyper coordonnée, réglée comme du papier à musique… Bref, Total Perfect, quoi.  Secoue, secoue ta bouteille pleine de bulles comme un ado dans un supermarché eeeeeeeeeeeeet … !! PSSHHIITT !! Ouvre là.

Devine ce qu’il en sort?

Inexorablement, rien de bon. Du gaz, du gaz à profusion jusque là lentement accumulé et qui en un instant, s’échappe à t’en faire péter la soupape. Champignon atomique, c’est pourtant pas faute d’avoir essayé de le retenir ce pétillant, mais il a tout de même fini par s’éventer. Obligé. Résultat: le Coca sans bulle, c’est dégueu. Et moi, j’en ai léger marre de me sentir forcée en l’avalant quand même, sous couvert que c’est bon pour me stopper cette saleté d’indigestion permanente. Parce que tu sais quoi? Non seulement c’est faux, ça stoppe rien du tout – QUE DALLE, même- mais en plus, tout le sucre ingurgité à en buter un diabétique me baigne les amygdales, me décoeure jusqu’aux tréfonds des tripes, et ce soir s’en est trop. Ce soir, je me les arrache, ces foutues tripes.

Ce soir, j’ai la gerbe. J’ai la gerbe et je pense bien qu’elle ne se passera pas avant un sacré moment. L’accumulation est une pilule bien difficile à avaler. Quoi qu’il en soit, c’est décidé. Je passerai le cap du nouvel an en tête à tête avec n’importe quel bon vieux DVD bien gore et une bonne bouteille de pinard. Décompresser de cette année pourrie, seule, sans personne à tuer, la seule chose dont j’ai envie.

Pourrie, oui. Parfaitement. Et puis tiens, 2011 aussi tant qu’on y est. Deux années pour le prix de même pas une à ajouter à mon tableau du temps perdu. Temps perdu… j’ai tant perdu à essayer d’être quelqu’un de bien. Alors qu’en réalité, je ne le suis pas. J’ai pourtant tout tenté. La tempérance, la diplomatie, faire office de tampon encreur à ta grosse machine à écrire… En vain. En vérité, je suis la peste noire et virulente. Ça me transpire par tous les pores. Une bactérie mangeuse de chair, voilà ce que je suis. Une bactérie dont l’insatiable appétit ne pense qu’à te dévorer la moelle osseuse en un éclair.

J’y peux rien, je suis comme ça. J’ai fait des efforts, j’te jure. Des cures pseudo-salvatrice « Viens boire ton urine avec moi… »  Vil gourou des ténèbres, vas.. , j’ai tenté les psy, l’alcool, la drogue, le sexe, le chocolat… mais rien n’y fait. C’est irrémédiable. Est ce que je suis damnée? Probablement. Je parle toute seule, bave la nuit et déambule toujours en tortillant du croupion parce que j’ai des chansons nazes coincée dans la tête.  Bon, ça encore, c’est pas grave. Ou pas pire, du moins. Ce qui l’est en revanche, c’est que je me sois auto-pervertie à la gentillesse fut un temps. Ce qui n’a absolument pas abouti, d’ailleurs. Sinon, je t’écrirais avec des p’tits coeurs partout ❤ un peu ❤ ❤ comme ça, quoi ❤ ❤ ❤ en te parlant des papillons qui virevoltent dans ma tête dès que je pense à toi ❤ ❤ …

Mais même ça, j’en suis incapable. Impotente des sentiments, je réfute, nie et recrache toute parole intègre et tolérante que je me suis forcée à me faire boire moi même -petite maso que je suis- durant cet écart de conduite.

Je ne suis pas intègre. Je suis le fruit d’une probité falsifiée, camouflée, étouffée. Je suis la fourberie à l’état pure. Je suis une chienne. Née pour mordre la vie aussi fort qu’elle m’a dévoré le coeur le jour ou il aurait dû commencer à battre. Depuis, j’erre dans les méandres ensanglantés de cette vie obstruée et savamment enduite d’hémoglobine projetée contre les parois pour l’épaissir encore un peu plus. Intouchable. Je ne suis qu’un démon dément qui aime uniquement dans l’extrême. Border-line constant, outrancier personnage, appelle moi comme tu voudras, ce soir j’ai la haine.

Ce soir je m’éveille pour tuer de nouveau. Moi qui dormais si paisiblement, qu’as tu fais là, malheureux? Pute satanique à la lame assassine, terminé la douceur. Place à la braise. Adieu Tolérance. Adieu, sale bribe d’humanité qui me collait aux basques depuis quelques temps. Faites donc place, vous autres bons sentiments. Et toi, salope de bienséance, casse toi. Cassez-vous tous!

Faites place et laissez revenir dans cette ronde endémique tout ce qui faisait de moi  l’être abjecte qui s’est perdu dans ses propres oubliettes. Rassure toi immonde moi,  je ne t’ai pas oublié. Comme je ne t’ai pas oublié, tu sais… Pensant te préserver, je t’ai seulement égaré. Pardonne moi. Allé, viens. Fais moi plaisir, et reviens. Déchire cette putain d’âme, réappropries toi ces répugnantes catacombes, fais en de nouveau l’antre de ta folie et sois en Reine. Reine du rien, mais Reine du tiens. Ebaudis tes convives, ils ne viendront pas sans attrait. Crie à la vicissitude, ton amie. Prie à l’instabilité, soeur cachée. Joins-y la passion, amour déchu. Saoule toi de l’hydromel de l’extase. Exalte tes fantasmes. Sublime la jouissance. Entiche toi de la fureur, fais toi violence. Et fais moi vivre.

Fais moi vivre, Ô toi mon moi, comme si on allait me trancher la tête ce soir. Fais moi exploser l’adrénaline. Si je pouvais rien qu’une dernière fois vivre à m’en sortir les viscères, je le ferais sans hésitation. Si je pouvais plonger du haut de cette tour sans fin, je le ferais sans une once de réflexion. Et si je pouvais arrêter de mettre des SI partout, je ne le ferais pas. Affabulation sans morale, l’illusoire est ma nature. Le chimérique mon tempérament. Je suis instable. Aussi instable que du C-4. Je rêve d’exploser en place publique pour finir en beauté.

Car ce soir j’ai la haine. Ce soir, je ne suis plus cette Elle. Celle que tu crois. Je ne suis que moi. Ce que j’ai toujours été. Folle à lier. Et dans la liesse. Mortel parmi tant d’autres. Faillible et partial. Pragmatique, parfois trop et pourtant si lunaire à la fois.

Ce soir j’ai la haine. La haine d’être hors de moi. Et d’être moi à la fois.

Je suis mort. N’y voyez aucun inconvénient.
Je suis mort il y a déjà de cela quelques années. Disparu, envolé, cramé, asphyxié, the end. Dead, dead, dead et re-dead. C’est ainsi. C’est la vie.

Mais n’ayez pas peur. Je ne suis pas effrayé moi. Enfin, je ne le suis plus.
Parce qu’il faut savoir que le passage le plus délicat n’est pas celui de l’acte en lui-même. Le plus délicat, c’est d’adopter le postulat adéquat. Et de s’y tenir, vaille que vaille. Comme je suis un être complexe, j’ai choisi de me torturer un minima. Tant qu‘à faire, autant faire bien.
Mais ce n’est pas chose aisée, croyez-moi. Et il va sans dire que je ne recommande pas cette méthode. Ni aux fragiles, ni aux frêles. Encore moins aux précieux douillets. Trop peu n’y survivraient pas. La privation d’exister comme je l’ai choisi ne s’accorde qu‘aux plus vaillants déficients. Comme moi.

Bref, parlons plutôt de ma fin. J’étais un corps sain accouplé à un esprit qui croyait l’être. Jusqu’au jour ou nous nous sommes aperçu qu’en réalité, nous étions bien frappés. Autant l’un que l’autre. C’est d’ailleurs ainsi que de concert, et pour des raisons aussi diverses qu‘avariées, nous avons choisi de nous supprimer. Insidieusement, patiemment et proprement.
Pour cela, nous avons simplement cessé de nous sustenter. Plus aucune nourriture. Ni spirituelle, ni réelle. Rien. Terminé. Basta.
Placards vidés, cerveau grillé, nous avons basculé. C’est fou ce que ça va vite. Les habitudes que l’on perd. Les envies que l’on ne reconnait plus. Les sensations disparaissent et les neurones s’affaiblissent. Court circuit, passage obligé.
Plus je me ratatinai, plus mon ami l’esprit s’élevait en dehors de toute réalité. Si légers que nous étions! Et plus le temps passait, plus notre apparence nous abandonnait, notre existence se compromettant fortement. Nous ne formions plus qu’une ombre funeste de nous-même. Objectif atteint, y étions presque. Enfin la fin.

C’est arrivé une nuit dans notre sommeil. Mon ami l’esprit malade a rêvé. Rêvé à en crever. Si réel, si palpable, si intense… Dans ce rêve, allongés sur un lit, lui et moi ne formions plus qu’un. Plus qu’une pauvre femme dont la maigreur avait atteint depuis longtemps les limites de l’insoutenable. A l’agonie, nue sur son lit. Non loin, un miroir. Démentielle psyché aux reflets opaques, ternes et morts. Personne, rien ne filtrait plus à travers lui. Aucun renvoi. Rien de rien.
Jusqu’à ce que cette amoindrie se lève et s’approche enfin pour se voir. Décharnée, dépecée de toutes pièces, et salement mourante. Désossée comme un vulgaire morceau de viande, ses côtes tombant peu à peu. Horreur. Nausées. Et hurlements.
C’est là. C’est à ce moment précis que je me suis senti partir. Au moment où l’esprit n’a plus vu dans son cauchemar qu’un squelette aux lambeaux de peaux gisant de part en part de la pièce. Enfin, l’insoutenable prenait faim. J’ai cessé de battre, l’esprit a cessé de rêver. Dans un cri, dans un terrible cri nous sommes partis, déchirés à jamais.

C’était fini. Nous avions définitivement cessé d’être.
Mais chose étrange, alors que nous planions encore comme un seul et même spectre au-dessus de notre dépouille, celle-ci a bougé. Ouvert les yeux, hurlé à la mort et éclaté en un million de sanglots ruisselants.
Puis, s’est péniblement levée, a enfilé ses chaussons et s’est dirigée tant bien que mal vers l’entrée. Pris son manteau, claqué la porte et a descendu les étages quatre à quatre.

Saint Denis.
Il était 4h47 ce matin là. J‘ai mangé une chorba.

Aucune morale, seule la faim compte.

Panic Station

Publié: 08/12/2012 dans Pendemonium
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Il y a cette voix. Omniprésente. Etrangement lointaine, intimement proche. Probante inconnue reconnue de nulle part. Efficiente omniscience officiant au centre de cette jungle glauque, désertiquement bondée et fatalement éprouvante. Comme à cette heure, c’est la panique dans la station.
Les odeurs fluctuantes se mêlent à l’amertume vespérale d’une journée encore excessivement remplie. Paris,19h, un Lundi. La foule, agrégat de substances humaines diverses et furieusement variées, se meut en un raz de marée prompt à dévaster tout fossile mal avisé de l‘affronter. Spectaculairement effrayant. Etrangement paniquant et excitant à la fois. Le métro, lieu désespérément propice à toutes sortes d’errances fantasmagoriques où l’excavation d’ondes négatives dégagées se répercutent en moi telle une vision merveilleusement désaccordée. Teintant les parois. Sépia.

Il passe. Furtivement, hâtivement, il passe. Vite, trop. Pas le temps de voir son visage. Tant mieux.  Seulement sa tournure, son allure, son dos. Plaisant, vraiment très attirant. Mais déjà, il s’éloigne. Tout va si vite ici. Ne reste que son essence. Etourdissante, délicate, suave. Mes sens ont défailli au passage de cette capiteuse émanation poivrée. Et le trop peu de molécules encore en suspension dans l’air  me grisent instantanément malgré ce froid hivernal.
Je suis résolument ivre d‘un idéal olfactif.

Fantaisie. Occulte fantaisie. S’enticher d’une allure, d’un parfum sans visage, n’est-ce pas insidieux? Peu importe. Il s’est arrêté, là, sur le quai. Sensuelle contenance, galbe galvanisant, électrise-moi tant que tu veux. Je te vois. Je ne te lâcherai pas du regard, crois-moi. Malgré la distance, malgré la foule, je t’ai dans le viseur. C’est foutu. Non, ne te retourne pas. Laisse moi te voir à l’envers. T’imaginer dans le noir. Aspirer à mes obsessionnelles divagations. Si j’avais un cœur, il battrait à en crever. Si j’avais une âme, je la vendrais sans hésiter pour ne ressentir rien qu’une fois celle qui t‘anime. Mais je suis trop loin. Bien trop loin. Rapproche-toi. Non finalement, ne bouge pas. C’est moi qui viens. Ton odeur me manque. J’ai besoin d’un shoot.
Environ six mètres. Bonne distance. Ni trop loin, ni pas assez.
Des frissons dans le dos m’envahissent. Je tressaille. J’ai l’impression d’être un voyeur tapis dans ton ombre. Violer ton intimité, détailler tous tes gestes. C’est exaltant. Malhonnête et impardonnable. Mais pour ce crime, je veux bien être damnée cent fois.

Une femme t’aborde. Tu baisses la tête, découvre ton bras de la veste qu’élégamment tu portes pour regarder ta montre. Tu as de longues mains. Instinctivement ton regard se relève. Tu la regardes. « … 19h17 … ». Je l’ai entendu. Ta voix. Ni trop grave, ni trop aigüe. Assurée sans être arrogante. Regorgeant d’émotions. Délicieusement pénétrante. J’en veux plus. Désormais, j’en veux plus. Donne m’en d’avantage s’il te plaît.
Le métro approche. J’ai peur de te perdre au milieu de cette infinitude de gens. Je me rapproche encore un peu. Plus près, encore plus près. J’ai le palpitant qui panique. Je vais exploser.
Mais qu’est-ce que je fais? Sans te connaitre, je te suis déjà à la trace. Comme un chasseur dont la proie n’est autre que sa propre folie. C’est donc ça, je suis folle. Abusivement déséquilibrée. Tu m’as rendu dingue. Pourquoi? Comment?
Et puis, ça m’est égal. Du moment que je profite de ce magnifique cataclysme émotionnel.

Les portes s’ouvrent, tu t’écartes pour laisser descendre cet agglomérat de citadins compressés . Je ne te vois plus. Mais où es-tu? Non, ne me laisse pas seule au milieu de tout ce monde. J’ai peur. Diligemment, je m’avance  pour passer les portes. Mes pas sont grands, et le rythme prompt. Passer les portes, monter, te trouver. Je n’ai plus que cette idée en tête.

C’est la cohue dans le wagon. Mais je suis sûre que tu es là. Quelque part. Assis ou caché. Quelque part. Pourquoi je ne te vois pas? Je te sens pourtant. Tu n’es pas loin, je le sais. Accrochée à la barre centrale, j’ai l’air d’un sonar en perdition. Scannant chaque visage, décortiquant chaque corps, consumant chaque silhouette qui n’est pas toi. En vain. Me serais-je trompée? Ma précipitation à te croire monté à bord m’aurait perdue de toi? Impossible, je te sens. « … Pardon… » . Catalyseur. Soudain, je reconnais ta voix. Proche. Trop. Je détourne furtivement le tête, tu es là. Accolé à moi. A mon dos. J’ai reconnue ta main. Toi aussi tu tiens cette foutue barre. Juste là, derrière moi. Je te sens enfin. Tendrement contre moi. Je me sens rassurée.
Cette occurrence ne peut que me conforter à croire qu’il n’y a pas de hasard. Fermant les yeux, je profite de cet instant pour imaginer que tu m’enlaces, bien à l’abris contre ton torse, bien au chaud entre tes bras. Je suis bien.
Le métro stoppe. Brutalement les portes s’ouvrent une nouvelles fois. C’est de nouveau la panique. Un va et vient en tous sens. Inopportun. Je me retourne, tu n’es plus là. Je bondis alors hors du wagon, espérant te retrouver sur le quai. Je suis encore empreinte de cette accolade. Perdue, je ne sais plus où chercher. Trafic dense, excès d’affluence, cette fois tu t’es échappé. Le métro repart. Seuls quelques ombres fantomatiques errent à présent sur le quai. Comme moi.

Sépulcral moment. Je ne sais même pas à quel arrêt je me trouve. Et de toutes façons, je m’en fous. J’aurais pu me perdre encore d’avantage pour profiter de toi. « Reviens à la raison et rentre à la maison.. » songe-je, alors. « Plus que ça à faire maintenant… » . L’air hagard, le front bas, je me dirige en direction de la première sortie possible. Nouvel objectif. Partir, rentrer, oublier. Je marche de nouveau perdue dans ma tête. Je n’aurai pas vu ton visage, tes traits. Ton expression. « Tu n’es qu’une idiote. Mais qu’est-ce qui t’as pris? Et qu‘est-ce que tu croyais? Pourquoi ne pas l’avoir abordé…?». Désormais, c’est une certitude, ne plus jamais laisser passer une occasion. Ne plus jamais laisser s’envoler une si douce utopie. Quitte à me faire jeter. Pour accéder, il faut s’hasarder. S’éprouver, se risquer. Mais essayer. Tout débute par un commencement. Et tout commencement peut être provoqué lorsqu’on le désir. Et je désire. Je ne fais que ça, désirer. Et lui, je le désirai, oh oui. Fatale courtisane de l’inconcevable, croqueuse d’idéal, je ne suis plus à présent qu’une fantasque sotte aliénée à un parangon qui s’est évaporé en un éclair.
Furieuse après moi, je traîne les pieds, baisse encore un peu plus la tête. Je ne suis pas pressée de rentrer.

L’escalator n’est plus très loin. La sortie non plus. Maudit sois-tu, foutue sortie. J’arrive. J’arrive.
Une voix m’interpelle. Une voix que je connais. Ou plutôt que je reconnais « … Tenez. Vous avez fait tomber vos gants, Mademoiselle… » . Une belle voix. Ni trop grave, ni trop aigüe. Assurée sans être arrogante. Regorgeant d’émotions. Délicieusement pénétrante. Associée à de longues mains tenant mes gants. Je lève les yeux. Une sensuelle contenance, un galbe galvanisant m’électrisant tout autant que cette capiteuse émanation poivrée.
Ton visage. Ton sourire. Mon effarement. « .. Mademoiselle … vous allez bien? »
« Jamais mieux que maintenant… »
« Je peux vous accompagne à la sortie ? »
Et le trop peu de molécules encore en suspension dans l’air  me grisent instantanément malgré ce froid hivernal.
Je suis résolument ivre de mes rêves les plus fous.

Pourvu que tu y sois aussi.

Moi poison tortureur, suzerain de l’insoutenable, ensanglanteur de mots, j’éviscère sur ma fureur que je lance sur la table pour étaler ces maux et vous ouvrir le cœur.

En ces temps la noirceur de mon âme, de vos peurs, m’encourage à broyer tout espoir d’un suivant maladroit de pensées des béotiens latents. Ainsi j’empale l’avenir, égorge ces occupants, fends à la jugulaire les fats impénitents.

Ne pouvant obéir, ne tenant pas plier, je peste pour insurger, vous dépèce à saigner avec cette liesse rageuse d’intolérance suprême. Mon âme est un tourment exultant mes sens.

Obscènes mes positions, scabreux mes idéaux d’un futur bien trop noir pour y loger des couards, des veules et des poltrons, ainsi qu’un tas de cons harponnés au drapeau d’une nation qui prend l’eau.

Trépanation cinglante d’adeptes suffisants, je fauche votre indolence, mutile cette léthargie puis l’égruge et tamise, en exhume les débris que j’exhibe à l’envie morbide des érudits.

Traître à l’indifférence, insolemment je tranche, écartèle vos substances puis appose au fanon, la carcasse aussi rance qu’une âme de collabo, vos desseins atoniques face à l’empire dément.

Etêteur d’histrions, étripeur de bouffons, je m’ouvrirai les veines de mon plus long couteau, pour vous faire boire la haine qui coule de mon égo. Suppliciateur boucher missionnant pour raison d’expulser de vos êtres ce fiel nauséabond.

Ripailleur d’oies sauvages, exsanguineur félon, assassin je demeure et embroche une cité excisée de bon sens, flagornant les couillons.

Saignants Seigneurs, moi l’avilisseur, sacrifie l’hypocrite, dévore la vestale torpeur, vomi l’essence de votre inscience, viole la vertu de ce pays pour m’écrier le soir venu « A mort la tolérance » de cette défunte qu’est la France.

07/2011